Fin

Echéance, but, limite, aboutissement, extinction, mort, clôture d’un espace, frontière du changement et seuil de la nouveauté, de la renaissance ou de la réincarnation.
Derniers mots d’un texte (excipit), point à la ligne!

La fin est également homonyme du mot faim relatif à l’appétit, au besoin, à l’envie et à une certaine idée de la continuité…

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Fin des faims, Singapour, 2003.

Deux

Un et un. Premier nombre premier. Indique le second. Chiffre pair. Ensemble formant un couple. Petit nom de celui-ci. Glyphe ressemblant à un point d’interrogation sans point. Multiplicateur, il double; diviseur, il scinde par la moitié. En exposant il devient carré. Au carré il est exponentiel. À sa racine il peut devenir irrationnel.

Deux est probablement le chiffre le plus versatile. A la fois croissant et décroissant, il augmente autant qu’il réduit. Il indique également la dualité en même temps qu’une forme d’unité. En cantonais, deux (易) est synonyme de facilité.

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503 + 2 — Paris, 2009.

Silence (2)

Respiration entre deux écrits. Distance entre les mots et durée de la réflexion. Parole de celui qui ne veut pas voir; sa posture devant une évidence qui s’impose. — Langage des yeux. Espace entre les regards. Fragile bulle d’air tenue entre deux mains qui se trouvent. — Figure de l’inspiration.

Le silence qui pèse pourrait bien être le même que celui qui porte. L’admettre est difficile; l’écouter est parfois pénible; le voir est impossible; le percevoir est pourtant facile. Le silence est parfois une résonance de l’absence, du déni et peut-être l’inertie de ce qu’on ne s’autorise pas. Privé d’un regard, il tire vers la fuite. À qui prend le temps de l’observer, il rend plein le moindre vide.

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Pleins et déliés — Brighton, 2009.

Silence

Absence de son. Mutisme. Ponctuation de la parole. Outil de la méditation. Entente des sourds. Trou de l’expression. Poids du secret. Terrier de l’incompréhension. Poignard de l’indifférence. Mal endémique des solitaires, des oubliés et des paumés. Chut! dont on peut se relever.

À la fois manque et son contraire, le silence peut être subi ou délibéré. Ubiquiste, il est souvent masqué par du bruit qui empêche de le percevoir. Parfois lourd, jamais futile, le silence se mesure au volume auquel il se substitue.

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« » — 2003.

Avais

Verbe « avoir » conjugué à la première personne du passé du futur1. Temps usité pour projeter dans un futur improbable ce qui est arrivé dans un passé souvent regretté. Manière très humaine de rater l’instant présent.

Souvent confondu avec l’imparfait ou le passé composé, le passé du futur se reconnaît en ce qu’il est suivi du temps présent, lui-même suivi du temps futur qui fait référence à l’objet passé. Vous suivez?

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Rue de l’Espérance, Paris. — mars 2009.

Médiocrité

Mot utilisé avec condescendance pour qualifier ce qui est insuffisant ou mauvais. Du latin medius, « qui est au milieu », condition de ce qui se situe dans la moyenne. La médiocrité est également un sentiment d’échec ressenti par les uns et entretenu par les autres.

C’est vers le dix-septième siècle que le mot médiocrité a pris sa connotation péjorative. Dès lors, nous avons pris la fâcheuse habitude de placer sur une échelle de valeurs linéaire, à une extrémité les héros, à l’autre les salauds, et entre les deux tous les moyens inaptes à entrer dans l’une de ces deux catégories.

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Photo pas terrible prise dans le sens de la marche. — août 2007.

Psittaciser

Répéter machinalement comme un perroquet sans comprendre ce que l’on dit ou pense. Radoter. Par extension: ressasser, itérer. Sorte de méthode Coué inutile.

Avant de comprendre ce mot, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais, je psittacisais et je psittacisais encore.

Contraste

Écart entre deux réalités juxtaposées qui les oppose autant qu’il les met en valeur. Rapport entre la lumière et l’ombre. Chemin le plus court vers la diversité. Antidote à l’ennui.

Comme disait en essence Marcel Gotlib1, célèbre philosophe de notre temps: tout n’est que rapport entre les forts et les faibles.

Malgré leurs différences écrasantes, l’un ne saurait pourtant vivre sans l’autre sinon comment les différencierait-on? Rapporté au sujet qui nous intéresse, le contraste fort met en lumière la faiblesse, tandis que le contraste faible tamise la force.

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Un deux trois. — Kenya, décembre 2007.

Rose

Rouge anémique; couleur associée aux bonbons, aux filles, au sel, au poivre, au saumon, aux crevettes, à certaines cravates, aux messageries, à la coupe, à l’or, à l’eau, aux flamants, aux éléphants, à la Panthère, aux cochons, aux joues, aux fesses des bébés, à la vie, aux lauriers, au pot et aux roses.

Au féminin, le rose devient une fleur blanche, rouge, jaune ou même noire. Le rose symbolise l’amour, la pureté, la fidélité. On dit même qu’il est joyeux ce mot rose. J’ai dû l’associer récemment à du marron et c’est marrant, ça a marché.

En anglais, rose devient pink et vient casser ma prose. C’est une couleur de girls, ou alors celle des boys, celles qui osent et quelquefois m’indisposent. Pink est aussi la Lady un peu pomme que l’on croquerait bien derrière une porte close, un soir de solitude lorsque les écueils l’arrosent.

Puis, quand elle me prend dans ses bras, quand elle me parle tout bas, elle piaffe parfois que sa vie est always-rose. Elle maudit mes maux d’amour, des maux de tous les jours, et ça me fait quelque chose.

Et dès que je l’aperçois,
je sens en moi,
mon cœur qui se bat
contre la never-rose.

Abandonner

Verbe tranche-sitif direct. Renoncer, quitter de façon péremptoire. S’absenter définitivement. Jeter l’éponge. Laisser la place à autrui. Faire peur à l’enfant et lui flinguer sa vie d’adulte. Pour l’éléphant mâle, obligation de quitter le nid maternel à la puberté.

Au XIIe siècle, a frein abanduner signifiait « lâcher la bride ». Dès lors, toutes les acceptations du verbe abandonner ont pour composante dominante une idée de recherche d’autonomie, obtenue par une rupture de liens, par une séparation1.

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Vulnérable. — Chiang Mai, Thaïlande, janvier 2008.

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